mercredi 11 janvier 2017

Trajective-Architecture / Maurice Sauzet

Les Baigneurs (Paul Cézanne, autour de 1890)
(source)
École des hautes études en sciences sociales
La mésologie et les sciences : interactions critiques
– Journée d’étude, jeudi 24 novembre 2016 –

Trajective-Architecture 

Maurice Sauzet

Pour donner mon opinion sur l'architecture qui inonde nos rues et nos campagnes, j'exprime le regret de voir presque toujours ignorer le vécu de l'espace au profit d'une platitude fonctionnelle élémentaire, ou d'une monumentale gymnastique structurelle. A l'inverse ici, nous poursuivons l'objectif d'élever l'architecture au niveau le plus subtil, le plus haut, du ressenti émotionnel de l'espace. Par des méthodes bien définies, sans déroger aux nécessités de raison, nous réalisons une mutation: l'environnement classique froidement objectif devient un milieu pour l'homme. Cette architecture je l'ai initialement nommée "Architecture Naturelle". Apres la création du concept de trajection par Augustin Berque et certaines adaptations, je la nommerai volontiers "Trajective Architecture " On s'efforce ici, de faire bouger les lignes des études habituelles , où techniques, fonctions, et esthétiques supplantent le plus souvent les aspirations émotionnelles des usagers. C'est une remise en cause des méthodes de conception. Elles pallient à cette omission . Omission qui est en vérité un refus... Refus de l'irrationalité de la pulsion émotionnelle.. L'émotion est irrationnelle... Certes... Mais elle fait partie de notre vie..

mercredi 28 décembre 2016

La mésologie et la pensée des relations / Bernard Guy

Onde (Maurice Denis, 1916)
(source)
École des hautes études en sciences sociales
La mésologie et les sciences : interactions critiques
– Journée d’étude, jeudi 24 novembre 2016 –

La mésologie et la pensée des relations

Entre espace, temps et mouvement: des convergences 

Bernard Guy

Résumé 

Nous tentons ici d’articuler notre intelligence de la trilogie temps / espace / mouvement avec la discussion d’un certain nombre de concepts clés de la mésologie (milieu, mouvement, médiance, trajectivité, échelle, écoumène, milieu-temps, milieu-espace...). Dans notre compréhension, le temps n’existe pas. Le temps n’existe pas tout seul : il est abstrait à partir du monde dont il ne peut, en dernière analyse, être séparé. Tenter de comprendre le temps, c’est tenter de comprendre l’abstraction du temps, indissociable de l’espace et du mouvement. 
Cette approche nécessite un accompagnement épistémologique et l’utilisation de deux modes de rationalité à faire intervenir en composition l’un avec l’autre. Au mode standard, disjonctif, substantiel, fait de mots, nous devons ajouter un mode compréhensif, relationnel, fait d’images : pour aller plus vite au cœur de notre approche, nous faisons fonctionner ce second mode à l’aide de représentations diverses fournies par des artistes. De son côté la mésologie propose une critique de l’espace abstrait. C’est une science des rapports de l’humanité à un espace concret, propre à chacun, qu’on appelle le milieu ; par opposition à une localisation simplement géométrique dans un espace identique pour tous, que serait l’environnement.

mercredi 14 décembre 2016

Mésologie et sciences / Augustin Berque

Courbes roulantes à cadre et roues quadrilobées (J. Schröder, 1867)
(source)
École des hautes études en sciences sociales
La mésologie et les sciences : interactions critiques
– Journée d’étude, jeudi 24 novembre 2016 –
Mésologie et sciences de la matière, de la vie, de l'esprit
par Augustin Berque
Résumé – Dans un premier temps, marqué par les physiologistes Robin et Bertillon, la mésologie fut conçue comme une science positive étudiant les milieux et couvrant ce qui est aujourd’hui d’une part le domaine de sciences humaines comme la sociologie, de l’autre celui de sciences de la nature comme l’écologie. En ce sens, elle a périclité. Dans un second temps, marqué en biologie par Uexküll et en philosophie par Watsuji, elle a établi, sous l’influence de la phénoménologie, une distinction capitale entre milieu (Umwelt, fûdo) et environnement (Umgebung, kankyô), ce qui, en tant que science des milieux, a fait d’elle une phénoménologie de la nature et une bioherméneutique, chevauchant comme telle la distinction traditionnelle entre sciences de la nature et sciences humaines. On sonde ici la validité de ses principaux concepts et de ses méthodes au regard des unes et des autres.
Abstract – In its first period,  initiated by physiologists Robin and Bertillon, mesology was conceived as a positive science, studying milieux (environments) and covering what today has become the respective domains of natural sciences like ecology and human sciences like sociology. In this sense, it has become obsolete. In a second phase, marked by Uexküll in biology and by Watsuji in philosophy, it has established, under the influence of phenomenology, a capital distinction between milieu (Umwelt, fûdo) and environment (Umgebung, kankyô), which, as a science of milieux, made it a phenomenology of nature and a biohermeneutics, as such encompassing the traditional distinction between the natural and the social sciences. One sounds out here the validity of its main concepts and its methods as regards both domains.     

Plan – § 1. L’ébauche de la mésologie ; § 2. L’établissement de la mésologie ; § 3. Médiance et trajection ; § 4. Mésologie et sciences humaines ; § 5. Mésologie et sciences de la nature ; § 6. Mésologie, logique et ontologie ; § 7. Mésologie et dépassement de la modernité.

mardi 6 décembre 2016

L’hypothèse de l’externalisation des fonctions du corps animal : analyse et perspectives / Jean-Pierre LLORED

L'Homme anatomique, ou Homme zodiacal, enluminure réalisée par les Frères de Limbourg
L'Homme anatomique, ou Homme zodiacal,
enluminure réalisée par les Frères de Limbourg
1411-1416 (source)
Séminaire Mésologiques, V. 
La genèse des milieux humains : anthropisation, humanisation, hominisation
EHESS, vendredi 25 novembre 2016


L’hypothèse de l’externalisation des fonctions du corps animal : analyse et perspectives

Jean-Pierre LLORED

PLAN DE LA PRESENTATION :

1. Retour à l’hypothèse d’externalisation des
fonctions du corps animal : Leroi-Gourhan, M.
Serres, B. Stiegler, A. Berque
2. Discussion et perspectives

mercredi 30 novembre 2016

Penser le milieu / Augustin Berque

Freak oak leaf
Botanical and Otherwise
(Herman Silas Pepoon, octobre 1917)
(source)
Séminaire du 20 février 2016, couvent Sainte Marie de la Tourette

Penser le milieu

– Renaturer la culture, reculturer la nature, avec Augustin Berque –

par L. Duhem, J.-M. Ghitti, B. Lanaspèze et Ch. Younès

            
Le couvent dominicain Sainte Marie de la Tourette, dans la commune d’Éveux (Rhône), est connu entre autres pour son architecture, l’une des œuvres les plus célèbres de Le Corbusier. Il accueille régulièrement des rencontres intellectuelles. Organisé sur la proposition du Père Christophe Boureux, « théologien jardinier » chargé de la gestion paysagère et forestière du parc de 70 ha qui s’étend autour du couvent de La Tourette, le séminaire du 20 février 2016 portait sur la mésologie professée par le géographe, orientaliste et philosophe Augustin Berque (1942-) dans le fil de l’Umweltlehre d’Uexküll et du fûdoron de Watsuji. Le naturaliste germano-balte Jakob von Uexküll (1864-1944) fut l’un des fondateurs de l’éthologie et le précurseur de la biosémiotique. Il a posé et prouvé expérimentalement que le milieu (Umwelt) n’est pas réductible à l’environnement (Umgebung), car ce n’est pas un donné brut mais un construit, élaboré par l’interprétation sémantique et active que le vivant, en tant que sujet, fait de cette matière première. Le philosophe japonais Watsuji Tetsurô (1889-1960) a fondé sur le même principe sa théorie des milieux humains : le milieu (fûdo) n’est pas l’environnement naturel (shizen kankyô), car il suppose l’interprétation qu’en fait historiquement le sujet humain. Ainsi la mésologie, science du milieu, n’est pas l’écologie, science de l’environnement. On peut la définir comme une phénoménologie de l’environnement et une bioherméneutique.

mardi 22 novembre 2016

Anthropocène et transhumanisme (ou l’écoumène comme anthroposcène) / Augustin Berque

Dawn in the Anthropocene
(source)
Université de Lausanne, Institut de géographie et durabilité
Conférence, jeudi 22 septembre 2016


Anthropocène et transhumanisme

(ou l’écoumène comme anthroposcène)

Augustin Berque

1. De coïncidence en « moment structurel »
Tant l’anthropocène que le transhumanisme – avec leur cortège de cyborgs, de posthumains etc. – sont aujourd’hui deux notions devenues courantes, liées l’une et l’autre à la condition présente de notre environnement et de nos techniques, mais habituellement non connectées en termes de structure ou de fonction réciproque, sinon dans la perspective utilitaire de nous rendre si nécessaire capables de survivre, comme cyborgs ou posthumains, dans un environnement qui serait devenu invivable. La plupart du temps, ces deux problématiques sont traitées séparément, et leur relation considérée comme une simple coïncidence, l’une et l’autre comme expressions de la civilisation moderne, de ses effets et de son possible destin.

mercredi 16 novembre 2016

Qu'est-ce qu'une logique du milieu / Augustin Berque

Invitation to the Coup (Wolfgang Lettl: 1981, Lettl Collection)
source
École des hautes études en sciences sociales / Université Pierre et Marie Curie
Colloque international Milieu / Mi-lieu

Qu'est-ce qu'une logique du milieu,

et pourquoi nous en faut-il une aujourd'hui?

par Augustin BERQUE

Résumé - Une logique du milieu n'est ni une logique de l'identité du sujet S (de type aristotélicien), ni une logique de l'identité du prédicat P (de type nishidien); c'est une logique trajective, où S est saisi en tant que P. En principe, la science absolutise S (le sujet du logicien = l'objet du physicien), tandis que la religion absolutise P (la Parole qui, étant auprès/au sujet de Dieu, est Dieu); en pratique, on est toujours au milieu des deux, dans la trajection de S en tant que P. Cette trajection, sous le nom de "tonation" (Tönung), a été montrée par Uexküll dans les milieux animaux (Umwelten). De là, on la retrouve chez Heidegger, pour qui l'étant est "quelque chose en tant que quelque chose" (etwas als etwas), soit S en tant que P. C'est la logique du als, l'en-tant-que. Heidegger en a tiré le concept de "dispositif" (Gestell). Tant cet als que ce Gestell étaient - mutatis mutandis - présents dans le bouddhisme dès le Ve siècle, et s'y retrouvent aujourd'hui en japonais sous le nom, respectivement, de soku et de sesetsu 施設. Pourquoi nous faut-il aujourd'hui une logique du milieu? Parce que l'absolutisation de S mène à un réductionnisme qui annihile virtuellement l'interprète I de S en tant que P (i.e. l'humain en particulier, et le vivant en général), tandis que l'absolutisation de P aboutit virtuellement au dogmatisme et au fanatisme. Il nous faut penser la ternarité S-I-P, car la binarité S-P est mortifère.

mercredi 9 novembre 2016

Le Japon, champion de destruction de la nature ? / A. Berque


Centre européen d’études japonaises d’Alsace, Colmar, 3-4 novembre 2016
Colloque international La nature au Japon à l’épreuve de l’homme

Comment le Japon, dans les années soixante,
a-t-il pu devenir champion de destruction de la nature ?

par Augustin BERQUE

Gymnasts outside the new Olympic building in Japan (Larry Burrows, 1964)
(source)
Résumé – On rappelle d'abord la tradition d'amour de la nature qui caractérise le Japon, en soulignant ce qu'elle doit doublement au shintoïsme autochtone et à la veine poétique de l'érémitisme venue de Chine. On souligne également le rôle du haïku et de ses saisonniers (saijiki), qui sont de véritables grammaires de l'accord entre la société japonaise et la nature de l'archipel. Puis on rappelle les grandes lignes de la crise de l'environnement survenue pendant la Haute Croissance. Comment ce ravage systématique de la nature a-t-il été possible dans un pays riche d'une telle tradition ? On en cherche d'abord les raisons d'ordre socio-économique et politique (le système du seizaikan), pour ensuite en envisager les raisons d'ordre mésologique : la discordance ontologique et logique entre la nature trajective héritée de l'histoire et la nature objectifiée et instrumentalisée par le capitalisme moderne.

mercredi 26 octobre 2016

Milieu, art et génie du lieu / A. Berque

Astro & Kanos (14 août 2009, Paris)
(source)
La Paperie / AURA Agence d’urbanisme de la région angevine
FUTUR, conférence-action sur les nouvelles dynamiques de la fabrique urbaine :
ce que l’art peut faire à la ville ?
Conférence-action II, 13 octobre 2016

Milieu, art et génie du lieu

- une interprétation mésologique -

par Augustin BERQUE

Sommaire : § 1. Le sens d’une relation aussi vieille que le monde ; § 2. Assomption de monde et Ursprung de l’œuvre d’art ; § 3. La décosmisation des villes ; § 4. Ressusciter le génie des lieux ?

§ 1. Le sens d’une relation aussi vieille que le monde

Comme l’écrivait récemment Luc Gwiazdzinski,

« Il existe aujourd’hui de nouvelles formes d’intervention, de nouvelles collaborations, de nouveaux espaces, de nouveaux moments et situations, où l’artiste et le géographe, la création et la géographie se croisent, se mélangent et s’hybrident pour inventer autre chose in vivo : les géo-artistes ».

Voilà qui est manifeste ; mais il n’est pas moins sûr que ces nouvelles formes de la relation entre les sociétés humaines et leurs territoires s’enracinent dans cette relation même, qui en tant que telle est aussi ancienne que l’humanité, voire que la vie sur Terre. 

lundi 17 octobre 2016

De traduction en trajection / A. Berque

Domenico Ghirlandaio - Saint Jérôme dans son étude
Domenico Ghirlandaio, Saint Jérôme dans son étude
le Saint patron des traducteurs, 1480
(source)
Société française de traductologie
Université d’été franco-japonaise en traductologie
École des hautes études en sciences sociales, 

29 août-2 septembre 2016

De traduction en trajection

aux trois jardins du Tôkaian

Augustin Berque

Résumé : La communication part de mes traductions de Watsuji (Fûdo, le milieu humain, CNRS, 2011 [Fûdo, ningengakuteki kôsatsu, 1935]), d'Imanishi (La liberté dans l’évolution, Wildproject, 2015 [Shutaisei no shinkaron, 1981]) et de Yamauchi (Logos et lemme [Rogosu to renma, 1974], en cours), dans leur rapport avec ma propre élaboration de la mésologie, c’est-à-dire l’étude des milieux dans l’optique inaugurée par l’Umweltlehre d’Uexküll (1864-1944) et le fûdoron de Watsuji (1889-1960) ; optique que l’on peut définir comme une éco-phénoménologie, doublée d’une onto-géographie. L’enjeu n’est autre que de dépasser rationnellement le dualisme moderne, ainsi que le mécanicisme qui en a découlé dans les sciences de la nature, discriminant indéfiniment subjectivité d’une part, mécanicité de l’autre, donc « sciences molles » de l’une, et « sciences dures » de l’autre. Cette entreprise reviendrait à dépasser rationnellement aussi l’incompatibilité historique entre « l’Occident » et « l’Orient ». Traduire les concepts centraux utilisés par Watsuji, Imanishi et Yamauchi posait directement ces problèmes, et a conduit à élaborer en retour ceux de trajection et de chaîne trajective, qui font le lien entre questions de sens et questions de fait, sémiose, histoire, évolution et fondement de la réalité. 
L’objectif à atteindre est quadruple :
 Idéalement, il s’agit de réhumaniser la nature, renaturer l’humain ; à savoir :
 - réancrer la subjectité (l’être-sujet) dans la nature, mais sans réductionnisme ;
 - refonder l’éthique et l’esthétique dans la nature, mais sans déterminisme ;
 - retrouver la Terre, mais sans s’y enterrer.

mardi 27 septembre 2016

Anthropocene and transhumanism / Augustin Berque

'The Great Marvello' (Éamonn Andrews, 1960's)
(source : The Little Museum of Dublin)
Proposed to FIVE : Designing Media Ecology, special issue Anthropocene.

Anthropocene and transhumanism

Augustin Berque

Abstract. Watsuji’s concept of fûdosei 風土性 may be rendered in two ways. As it is generally understood in Japan, it could be translated with countryness : the fact of being proper to a given region or country. In that sense, it seems to concern essentially premodern societies; but as Watsuji himself defined it (“the structural moment of human existence”, ningen sonzai no kôzô keiki 人間存在の構造契機), and as, accordingly, I translated it with mediance, in other words the dynamic coupling of Being and its milieu (fûdo 風土 or kansekai 間世界, not to be confused with the environment, kankyô 環境), this concept is not only homologous to the pairing (Gegengefüge) revealed by Uexküll between the animal and its milieu (Umwelt), but its validity appears to be universal and transhistorical.

mardi 20 septembre 2016

L’intervention éphémère in situ / Xiaoling Fang

Sans titre (Jacques Simon, 1988)
(source)
Séminaire Mésologiques du 29 février 2016

L’intervention éphémère in situ 

comme générateur de l’imagination - selon les expériences avec Jacques Simon

Xiaoling Fang

Résumé : A travers la description d'interventions éphémères in situ avec Jacques Simon, en cherchant à rester au plus près de l'authenticité de l'expérience, notre étude vise à dévoiler le rôle du corps dans la constitution du passage spontané entre la phusis et le logos, passage générateur de la créativité. Durant l’action, la faculté imaginaire est constamment sollicitée et renforcée à travers l’intervention in situ qui cherche à entrer en résonance avec le rythme de la nature. On peut ainsi considérer l’intervention éphémère in situ comme une étape préparatoire en amont du projet de paysage, un processus de maturation, et une phase de latence et de consolidation pendant laquelle le processus n’est pas conscient.